La Relégation: "un scandale de la

République".Je confirme...


Témoignage d'un petit-fils de Relégué

Motivations de ces écrits:

  Il y a maintenant 17 ans, et pour des raisons sur lesquelles je ne m'étendrai pas, je me suis attaqué à la rédaction d'une biographie familiale...   

   Quand, de manière naturelle, je m’intéressai à mes plus proches ascendants, pour construire un ensemble cohérent, je réalisai qu’il y avait matière à leur consacrer une place significative. Le besoin de préciser la vie de plusieurs d’entre eux fut pour moi une source de motivation supplémentaire car cette démarche fut particulièrement riche d’enseignements, réservant même des découvertes surprenantes. En analysant des calomnies répandues sur l'enfance et l'adolescence de mon père, j'ai réussi, preuves irréfutables à l'appui pour ne pas être accusé de partialité, à mettre fin aux atteintes à l'honneur envers le "vilain petit canard" de la famille et, accessoirement, à régler des comptes personnels avec celles et ceux qui les ont entretenues depuis son décès (à l'âge de trente-neuf ans). Plus encore, et alors que je pensais en avoir fini, je me suis dit qu'il y avait un "chaînon manquant" en la personne de mon grand - père paternel que je n'ai jamais connu, sinon à travers des "on-dit" qui, là encore,  me laissèrent perplexe, c'est le moins que l'on puisse dire...Lorsque je fus en âge de bien connaître sa première épouse de , je décelai en elle une personnalité assez atypique : directive, démesurément exigeante, orgueilleuse, obstinée, excessive dans tous les domaines, capricieuse, originale pour ne pas dire quelque peu extravagante…Alors qu’un jour je tentai avec diplomatie d’obtenir quelques informations sur premier mari, je déclenchai une véritable crise d’hystérie qui me dissuada définitivement d’aborder le sujet. Il me fut impossible de mettre un visage sur le personnage de Gaston, son ex-épouse ayant purement et simplement détruit toutes les photos. J'ai tendance à comprendre pourquoi Gaston a cherché à "prendre la fuite", malheureusement aux dépens bien sûr de mon père qui fut placé en nourrice pratiquement dès la naissance...

  Ne manquant pas de courage et de ténacité, je suis donc reparti pour de nouvelles recherches pour découvrir le sort particulièrement singulier, et ignoré de tous, de mon grand-père paternel qui finit ses jours au bagne de la Relégation en Guyane à 39 ans, comme son fils (fatalité héréditaire ???)…

  Nota: Le début de "l'aventure" a fait l'objet de premiers écrits dans la publication : "une aventure humaine assez exceptionnelle "Rencontre inattendue à Saint - Laurent - du- Maroni en Guyane.

Pourquoi une publication et les difficultés de l'édition:

  J'ai pensé faire œuvre utile en reconstituant l'histoire des membres de ma famille pour laisser des traces à ma descendance car comme le dit si bien le dicton: " les paroles s'en vont et les écrits restent". En faisant lire mon manuscrit à quelques ami(e)s, j'ai eu la conviction que cet objectif était bien atteint et plusieurs d'entre eux m'ont posé la question qui était très éloignée de mes préoccupations: "pourquoi ne pas faire publier ce récit?" Lorsque nombre de personnes de mon entourage m'ont avoué – et ce n'est pas pour me faire plaisir – préférer les histoires vécues aux romans, alors je me suis dit :"et pourquoi pas?" Je me suis lancé un nouveau défi, celui de trouver un éditeur. Bien que l'aspect commercial ne fasse absolument pas partie de mes préoccupations, ce n'est évidemment pas le cas pour les maisons d'édition ayant pignon sur rue: il est bien connu qu'à la crise actuelle de ce secteur s'ajoutait dans mon cas un sérieux handicap: les biographies ne se vendent pas si les auteurs et/ou les acteurs ne sont pas des célébrités !!!

  Finalement, aux termes de mes efforts, j'ai fait connaissance avec une structure régionale atypique, souple et accueillante; les éditions Abatos, en la personne de Jean-Pierre Crosato qui ont bien voulu me donner ma chance et bien sûr je leur en suis infiniment reconnaissant. (Remarque importante : ma publication est à but non lucratif ; l’Association « Au bout des mots » qui chapeaute cette maison d’édition – gérée par des bénévoles – soutient des « populations en situation de handicap » et je me suis rallié à cette cause en lui rétrocédant mes droits d’auteur).

Gaston Cartier, "le bagnard":

   En homme intègre, j'ai pris tout naturellement le parti de construire ma biographie familiale "sans tabou ni langue de bois" (cf. Avant-propos), ce qui fut traduit dans la presse par "une biographie sans concession" ou encore "il fallait se résoudre à...", tandis que certaines personnes de mon entourage ont utilisé le terme de "courage", d'autres de "masochisme".... Ayant passé pratiquement toute ma vie à la campagne, je ne vous apprendrai rien en vous disant qu'il n'y a pas de meilleur endroit pour entretenir les commérages et...les surenchères.

   Mon récit biographique, construit avec l'aide d'historiens et des ANOM (Archives Nationales D'outremer) se limitant à quelques généralités, je me suis lancé le défi de tenter de réhabiliter Gaston, pour l'honneur en général et à la mémoire de mon père en particulier.

  Bien que ce ne soit qu’un détail, j'ai trouvé quelques divergences dans la chronologie des différentes étapes ayant conduit Gaston de la dernière maison d'arrêt jusqu'en Guyane, entre le dossier officiel (Archives départementales du Puy-de-Dôme) et les écrits de Jean - Lucien - Sanchez (pages 71 et suivantes). Ces discordances portent par exemple sur la durée du séjour à la citadelle de St-Martin - de - Ré et sur les formalités qui devaient y être accomplies. Il est possible que Jean-Lucien ait fait quelques "impasses"(involontaires), compte tenu de la quantité de documents qu'il a eu à dépouiller...Je dis dans ma biographie (dates officielles à l'appui) que "Gaston passa à peine plus d’une semaine à Saint-Martin-de-Ré, comme si sa sortie de la Maison d’arrêt de Riom (Puy- de- Dôme) avait été programmée en vue du prochain convoi en partance pour la Guyane". Il est possible que cette "précipitation "ait un lien avec la remarque de F.Sénateur (accroissement du "flux" des forçats à l'époque où Gaston fit "le grand voyage"...)

   Pourquoi tant d'acharnement: mon grand-père, comme son fils, fera l'objet de dénigrements dépassant l'entendement, sans pudeur et discernement et que certain(e)s prendront plaisir à répandre dans la famille..

   Mon père lança une "recherche dans l'intérêt des familles" pour tenter, sinon de retrouver son géniteur au moins connaître son devenir. Lorsqu'il apprit, par de vagues informations, que ce dernier finit ses jours au bagne, le ciel lui tomba sur la tête. Avec l'accumulation d'autres facteurs: sérieux déboires qui éclaboussèrent sa famille, contrariétés, espoirs ou illusions tant de fois déçus, envolés, ce nouveau choc psychologique lui fut peut-être fatal pour expliquer cette déchéance abominable, indescriptible que ses proches garderont à jamais en mémoire : apparition d'un cancer du larynx avant d'atteindre la quarantaine en 1963.

   Dépouillant avec frénésie et acharnement le dossier de mon ancêtre, prenant des contacts "tous azimuts" selon des pistes souvent improvisées, ce travail laborieux dont je ne pensais jamais voir la fin (cinq ans de travail) m'a permis de soulever beaucoup de questions, de mettre en évidence nombre d' hérésies, mensonges, contradictions..., et même d' échafauder des hypothèses que d'aucuns pourraient qualifier d'élucubrations, mais j'assume...

   La littérature ne manque pas sur le sujet mais encore faut-il faire preuve de circonspection…Les éléments que je rapporte sont issus de sources fiables et je me suis bien gardé de m'inspirer d'éléments douteux, quelquefois farfelus, dont je ne citerai que deux exemples:

- le premier, directement en rapport avec Gaston est issu d'une discussion sur un blog et dans lequel l'auteur me dit:" votre grand-père, mort à l'hôpital, a peut être été autopsié (il y avait beaucoup de jeunes médecins qui se "faisaient encore la main" sur les cadavres") .Or, sans toutefois avoir fait le tour de la question, je crois savoir que cette pratique, qui a peut être existé dans un passé très lointain, avait disparu à l'époque où Gaston purgeait sa peine...

-le deuxième est relatif aux conditions dans lesquelles on se "débarrassait" des cadavres de forçats décédant sur les îles: "jetés en pâture aux requins qui rappliquaient au son de la cloche annonçant le festin"... Cette information est confirmée par plusieurs témoignages mais le prolongement dans la durée de ce rituel tient plutôt de la légende…

  Au risque de passer pour un parano, un farfelu, mes cogitations m'ont conduit à imaginer que mon ancêtre n'est pas décédé à l'hôpital de Saint- Laurent - du - Maroni, comme indiqué sur son acte de décès; en effet, les recherches engagées pour retrouver son certificat d'hospitalisation sont restées vaines, (ce document étant d'ailleurs susceptible de m'apporter d'autres informations: emploi, lieu de résidence puisque libéré pour bonne conduite un an avant son décès, avec toutefois assignation à résidence dans la colonie...).Qui plus est, je rappelle que les Relégués, comme les autres catégories de forçats, n'avaient pas de sépulture individuelle (Je n'ose pas vous rapporter les conditions d'inhumation de ces êtres humains, au risque de vous donner des frissons !!!...).À ce propos, je précise que mes premières infos faisaient état d'une simple stèle à Saint-Laurent-du-Maroni, rappelant aux visiteurs la présence des dépouilles de bagnards. Depuis, de nouvelles investigations ont permis de mettre à jour de nouveaux "indices", laissés en l'état, témoins de la présence de nombre de corps, sans que l'on tente néanmoins d'en préciser le chiffre...De toute façon, je pense que c'eût été une sacrée gageure d'""approfondir" (sans jeu de mots) la question et sans réelle assurance de faire avancer les connaissances (ossements en vrac ou enchevêtrés...).

   Je ne pouvais rester insensible aux résultats d'une recherche de ma fille Claudine m'ayant accompagné dans certaines de mes démarches, à savoir la présence d'un parfait homonyme en la personne de Gaston Cartier, vivant en Argentine. Or, on sait que beaucoup de condamnés, à la suite de leur évasion, ont refait leur vie en Amérique du sud !!! Nous n'avons pas soumis ce brave garçon, de bonne volonté, au questionnement sur ses origines, au risque de le mettre mal à l'aise et d'"encaisser" une nouvelle désillusion eu égard aux expériences déjà vécues (voir commentaires ci-après). Pour étayer cette hypothèse et faute de disposer d'une base de données, des moyens des historiens, des archivistes..., j'ai entrepris une recherche laborieuse sur le web qui m'a permis de relever au moins deux cas à peu près semblables :voir le site concerné

François Adiven

Son sort reste mystérieux: à une lettre de son frère datée du 21 janvier 1907 et demandant de ses nouvelles, l'AP* répondit qu'il était décédé depuis deux ans; un autre document (levée d'écrou) précise en revanche qu'il s'est retiré à Cayenne à l'expiration de sa peine.

*Administration Pénitentiaire

Gérard Pinel

Son destin demeure lui aussi mystérieux. Un acte de décès (février 1908) mentionne sa mort de maladie à Saint Laurent du Maroni deux ans après son arrivée au bagne, mais un procès-verbal fait état de son évasion le 21 mars 1908. Comme le signale Michel Pierre, "on ne peut que souhaiter que ce grand révolté a pu reconstruire une vie d'homme libre."

Le lecteur intéressé pourra au passage consulter quelques profils de relégués qui font indéniablement penser à celui de mon grand-père:François Adiven (déjà cité),Darchain, Joseph Alabias, Achille Gabriel Albert, Laurent Kerdual..Le paragraphe "quelques cas significatifs" donne quelques exemples de femmes soumises au même "régime". Celles et ceux qui ne seraient pas convaincu(e)s pourront constater qu'il s'agit bien d'ignobles et cruel(les)s bandits, n’est- ce pas ???

En 2019, et l’effet du hasard m’ayant beaucoup aidé, j'ai fini par lever un gros "bug" en analysant la condamnation fatale l'ayant envoyé en Guyane. On pourra trouver cette analyse dans le document ci après.

  Avec mon esprit cartésien, je n'ai pas douté un instant de la pertinence de mes commentaires, mais, comme nul n'est infaillible, j'ai quand même fait le choix de les faire valider par des amis, dont un AET,un historien; leurs commentaires étant rapportés ci-après:

- l’ami d'une spontanéité, d'une érudition et d'une disponibilité exemplaires: "je confirme à la lecture des documents que j'ai pu voir, que ça n'a pas été une décision de justice mais un jugement expéditif et honteux".

- l'historien Frank Sénateur:":J'ai bien regardé vos documents, vous avez fait un excellent travail ! Effectivement votre aïeul n'est pas un grand délinquant, mais bien un de ces pauvres bougres, emportés par les effets de la crise […] et que la recherche de boulot a entrainé sur les routes, le mettant à la merci de l'autorité judiciaire avec la lutte contre le vagabondage..

J'ai la triste impression qu'il a été au mauvais moment au mauvais endroit...Sa fuite précipitée lui a été fatale. Un autre élément me semble important : il n'y a pas eu de départ vers la Guyane en 1934, donc en 1935 les prisons sont pleines et le Martinière(1)(2)*va effectuer 3 voyages cette année là ! Souvent, pour compléter un chargement ( facturé par la compagnie nantaise au nombre d'unités !) les tribunaux adoptaient des positions plus dures !!!
Je ne vois rien de particulier dans la rédaction des pièces administratives (souvent folkloriques) mais bien un concours de circonstances malheureux. Que pouvez- vous faire maintenant? Une réhabilitation partielle ma parait inutile à demander car ça n'effacerait pas le reste et 80 ans plus tard, je ne sais si vous l'obtiendriez...

L’historien, qui n’a jamais été cité jusqu’ici, dispose de grandes compétences dans le domaine; pour en savoir plus, voir sa biographie.

*Folie douce-obsession???: que l'on veuille bien me pardonner .Bien que les vidéos concernées datent d'une époque antérieure de quelques années à celle du départ de Gaston, que les images sont floues et que de plus je ne dispose d'aucune photo de mon aïeul (au grand étonnement des archivistes...), j'ai le réflexe incontrôlable, à chaque visionnage, d'essayer d'identifier un personnage qui pourrait avoir quelque ressemblance avec un membre de ma famille!!! Dans le registre des vidéos (assez rares) datant de l'époque, je suis tout naturellement tenté de vous proposer celle-ci, qui est représentative de la nature des travaux auxquels fut affecté Gaston (comptable de métier), le jugement définitif portant la mention "à occuper aux travaux en plein air». Les défenseurs des animaux, qui comptent de plus en plus d'adeptes, pourront se réjouir (Humour !!!).Plus tard, sur une "notice" portant avis des Autorités, on peut noter aussi, à la rubrique « avis médical » qu’il fut classé « travaux légers permanents pour faiblesse ; en réalité assez robuste avec tendance à l’adiposité. Tout accompli aux travaux pénibles ». J’apprendrai par un autre document qu’il fut alors employé comme comptable au service des « écritures », un des postes les plus prisés, comme la plupart des activités assurées à l’intérieur du camp. Je déduis de ces informations que l’Administration pouvait faire preuve de compréhension et de mansuétude et qu’elle reconnut – enfin – pour la circonstance les capacités de Gaston.... 

   Bien évidemment, je remercie les "complices" qui m'ont aidé dans cette démarche, d'autant que les amis se font rares lorsqu'il s'agit de "se mouiller" sur des affaires aussi sensibles…

   Et voila, je ne dirais pas que je connais tout de l'histoire de Gaston, loin s'en, faut, mais j'ai vraiment le sentiment d'avoir fait un grand pas en avant. Je resterai toujours frustré de ne disposer d’aucun élément sur sa personnalité…( Je n'ai jamais eu le plaisir de le connaître et tout ce que je sais repose sur des on-dit entretenus par son ex-épouse, la famille de celle-ci ayant pris le relais sans états d'âme ). Comme tout AET qui se respecte, je suis un homme d'honneur et je n'ai jamais pu me contenter des stéréotypes du genre "on n'est pas responsable du passé de ses ancêtres", et j'en passe et des meilleures...Jamais je ne me ferai à de telles banalités, préjugés qui m'horripilent: ne pas endosser la responsabilité des erreurs de parcours d'un aïeul, à la limite je veux bien, mais ne pas s'y intéresser, voire s'y attacher, constitue pour moi un grave manquement à ses devoirs. (D'ailleurs, même si son intérêt est controversé aujourd'hui, la psycho généalogie est devenue paradoxalement très en vogue...).Je n'en veux pas aux personnes concernées qui ne peuvent pas savoir, pas comprendre...

   Je profite de l'occasion pour adresser un conseil à celles et ceux qui souhaitent "se lancer" dans la reconstitution du parcours de leurs ancêtres: commencez donc d'abord à vous intéresser à vos proches, tant qu'ils sont en vie, par le "jeu des questions-réponses". Pour ma part, et alors que nous avions une oreille attentive à tout ce que nous rapportait mon père – et Dieu sait qu'il n'était pas avare de confidences –, j'ai eu beaucoup de regrets, après qu'il nous ait quitté (39 ans pour rappel), de n'avoir retenu que quelques fragments de certaines parties son parcours; le perfectionniste que je suis en est vraiment frustré...

Nota: Certaines personnes m'ont même suggéré de m'engager dans un processus de réhabilitation judiciaire mais tel n'était pas mon but; de plus, ayant suffisamment de soucis à gérer à l'heure qu'il est, et connaissant par avance les chances d'aboutissement (cf. affaire Seznec), je me garderai bien de suivre ce conseil...

  Dans l'ensemble, les éléments que j'ai rapportés sont encore inédits; pourquoi ?

- En premier lieu, je fais référence à la remarque d'un historien ayant dépouillé nombre de condamnations qui me dira" je ne connais pas de cas de condamnés envoyés en Guyane sur la base de faux en écriture"...Or, en analysant la condamnation précédente, je serais tenté de dire, sans être juriste, que c'en est bien un, si l'on en juge par la définition officielle de cette expression....

- De façon plus générale, et à mon humble avis, nombre de descendants de relégués n'ont pu entreprendre une telle démarche, pour des raisons pouvant aller de la pudeur, de la honte, jusqu'à la totale ignorance du sort de leurs ancêtres. (J'ai pu le confirmer à travers nombre d'appels téléphoniques à des familles dont j'avais la preuve qu'elles étaient concernées).

  Je fus un temps décidé à prolonger mes écrits par un complément qui aurait pu s'intituler: "plaidoyer d'un petit-fils de bagnard", mais sur la base de quelques sondages, je me suis ravisé, prenant conscience qu'une telle démarche devrait d'abord passer par une information générale sur les différents statuts des individus condamnés à passer tout ou partie de leur vie en Guyane La culture générale de "Monsieur Tout - le - monde" s'arrête à "Papillon", et encore, comme déjà évoqué, rares sont ceux qui savent que le récit d'Henri Charrière n'est que la compilation d'aventures de ses connaissances (ce qui n'enlève rien à son mérite)... Par ailleurs, j’ai capitulé en prenant conscience de tous les efforts que cette démarche allaient me demander, non pas tellement pour l’écriture à proprement parler, mais pour la recherche d’un éditeur qui se serait avérée très laborieuse, voire infructueuse (je ne suis malheureusement pas une « célébrité » reconnue dans le monde de l’édition et ne dispose pas des moyens de promotion, de la logistique…nécessaires pour me lancer dans un tel défi…).

  Pour information, j'ai été contacté il y a environ 3 ans par une journaliste TV qui souhaitait m'interviewer, dans le cadre d'un reportage plus général auquel auraient été associés d'autres acteurs , notamment les historiens et mon ami Daniel Gimenez, grand expert familiarisé aux visites du camp de la Relégation à St-Jean-du- Maroni. Ce projet, qui me rendit un temps euphorique, est tombé dans l'oubli sans que j'en connaisse la véritable raison. Néanmoins, me permettant encore de laisser libre cours à mon imagination je pense que quelque (s) autorité(s) n'ai(en)t pas souhaité "remuer le couteau dans la plaie", comme a pu se le permettre Robert Badinter ("Un scandale de la République")...Il est possible aussi que  l'ouvrage de Jean-François Tifiou ne soit pas "arrivé au bon moment" et pourtant, il se démarque nettement de mes écrits: récit romancé (pour rappel), époque antérieure de plus de 30 ans à la condamnation de mon aïeul et histoire d'une reléguée (sa grand-mère) dont le contexte et les conditions de vie étaient très différentes de celles des hommes...

   J'ai eu l'occasion d'avoir des échanges (confidentiels) avec des personnes confrontées à la même problématique que la mienne et j'ai eu un immense plaisir à leur donner des conseils, notamment sur la démarche à suivre, dans le dédale des services administratifs et/ou d'archivage, pourtant bien organisés (en tout cas en Métropole).Sans nouvelles de ces personnes sur l'aboutissement des affaires les concernant (je respecte ce droit), l'une d'entre elles m'a quand même envoyé récemment (année 2019) ce bref message:

"Bonsoir Michel, j'ai retrouvé la fiche militaire de mon grand - père et je t'en remercie. Ma mère, heureuse et surprise, m'incite à continuer mes recherches. Ces informations ont fait le tour de mes frères et sœurs".

  Pour l'anecdote: j'ai fait connaissance (à distance) avec Léon Bertrand, maire de St Laurent-du Maroni (lui-même descendant de bagnard), à l'époque où j'ai lancé mes premières investigations côté Guyane; il était alors indispensable de passer par lui afin d'obtenir sa "caution" pour l'étude de mon dossier via le "Service Patrimoine" ou "CIAP". Tout ce que j'ai pu obtenir, malgré des sous-entendus riches de promesses, est un acte de décès, déjà en ma possession (!). Même si les occasions furent plutôt rares, je n'ai pas manqué de "fayoter" auprès de sa secrétaire et de lui-même, par exemple à l'occasion des fêtes de fin d'année. l'"image" qui suit vaut mieux qu'un long discours...

Léon Bertrand 2